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La gaffe de Moore

Richard Cléroux par Richard Cléroux
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Article mis en ligne le 31 mars 2009 à 23:08
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La gaffe de Moore
James Moore
La gaffe de Moore
Le ministre aux Langues officielles, James Moore, s’est mis les pieds dans les plats l’autre jour, devant le comité parlementaire qui s’occupe du bilinguisme.
D’habitude, Moore, un député de la Colombie-Britannique qui parle un excellent français, est plus discret et ne dévoile pas d’avance les intentions de vote de son parti. Et surtout, il ne s’en prend pas à la juge en chef de la Cour suprême en matière de langues.

Il a dû oublier. Moore a indiqué devant le comité que ses collègues conservateurs se préparent à voter contre une loi qui obligerait les futurs juges de la Cour suprême à être bilingues.

La loi est l’œuvre du député néo-démocrate du Nouveau-Brunswick, Yvon Godin. Le projet de loi a déjà l’appui du NPD, du Bloc Québécois et des Libéraux. Il ne manquait que les Conservateurs.

S’adressant directement à Godin, le ministre Moore lui a dit en pleine face : «Il y aura un vote à la Chambre sur votre projet de loi et vous serez défait une fois de plus».

Godin avait sa réponse. Il était furieux.

Présentement, toutes les lois du gouvernement fédéral sont dans les deux langues officielles. Toute personne a le droit à un procès dans la langue officielle de son choix, le français ou l’anglais.

Les neuf juges de la Cour suprême, sauf un, sont bilingues. L’unilingue est Marshall Rothstein, du Manitoba, nommé par les Conservateurs il y a deux ans.

Dans le cas de Rothstein, lorsqu’il y a un procès en français, on doit trouver un interprète pour lui expliquer ce qui se passe. La même chose se produit lorsque les neuf juges se réunissent ensemble pour discuter d’une cause qu’ils ont entendue en français.

Certains juges se sont plaint en privé que ce problème avec un juge unilingue retarde souvent le travail de la Cour, qui est déjà souvent critiquée pour prendre trop de temps à rendre des décisions.

Lorsqu’une cause est entendue en anglais à la Cour suprême, il n’y a aucun problème parce que tous les juges parlent et comprennent parfaitement l’anglais. C’est seulement avec un juge qu’il y a un problème avec la langue.

Pour tenter de couvrir sa gaffe, Moore est passé de l’erreur à la mesquinerie en essayant de faire passer la juge en chef de la Cour suprême comme la cible de Godin.

«C’est clair qu’Yvon Godin veut que Bev McLachlin démissionne de la Cour suprême», a dit Moore.

Godin a répondu que son projet de loi ne s’applique qu’aux futures nominations à la Cour.

Moore est allé plus loin. Il a suggéré à Godin d’écrire une lettre à chacun des juges de la Cour suprême afin de leur demander de démissionner s’ils ne peuvent pas parler français.

Pour Moore, cela mettait fin à une présentation devant le comité qui était jusqu’à ce moment assez intéressante, où il avait raconté son enfance en immersion française en Colombie-Britannique et les efforts de sa mère, une enseignante de français, à l’aider à apprendre une seconde langue.

Moore semblait avoir le respect et l’admiration du comité jusqu’à sa gaffe avec Godin. Moore avait presque fait oublier aux membres du comité les fréquentes absences de l’ancienne ministre Josée Verner.

Certains députés de l’opposition ont songé par après à demander au ministre des Langues officielles d’écrire sa propre lettre d’excuses à Madame la juge pour avoir suggéré devant un comité qu’elle n’était pas bilingue et donc devrait démissionner.

Pourtant la journée du ministre avait bien commencé.

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