Stephen Harper
Harper fait la guerre aux fonctionnaires
Les fonctionnaires au fédéral sont venus proches la semaine dernière de perdre leur droit de grève.
Le ministre des Finances Jim Flaherty avait dissimulé dans son énoncé économique de jeudi dernier une résolution qui rendrait illégale la grève dans la fonction publique.
Qu’est-ce que le droit de grève peut bien avoir à faire avec la crise économique qui secoue le monde occidental?
Rien du tout. C’était le premier ministre Stephen Harper qui a vu l’occasion pour administrer un bon coup aux fonctionnaires, un groupe qu’il n’aime pas trop d’avance.
Ironie, c’est venu une semaine après que les fonctionnaires venaient de signer une convention collective très favorable au gouvernement.
Si l’opposition ne s’était pas tenue debout devant Harper, la résolution contre les fonctionnaires serait passée en loi, parce que Harper en avait fait une question de confiance.
L’interdiction aux fonctionnaires de faire la grève avait été adoptée au congrès du parti conservateur à Winnipeg, le 15 novembre.
Harper n’a pas pris longtemps après le congrès pour la présenter à la Chambre des Communes, cette résolution.
Lorsqu’il y a eu levée de boucliers aux Communes, Harper a discrètement laissé tomber la résolution contre les fonctionnaires, quitte à la représenter plus tard comme un projet de loi séparé.
Patty Ducharme, vice-présidente de l’Alliance de la fonction publique, a poussé un soupir. Mais la tentative de Harper a fait peur aux fonctionnaires syndiqués. Plusieurs sont maintenant sur des lignes de piquetage improvisées devant des bureaux du gouvernement.
Plutôt que de chercher à faire la paix avec l’opposition, le premier ministre a décidé de retourner en guerre contre tous ses adversaires.
Il est batailleur. Il aime la confrontation. Il aurait pu facilement s’excuser du manque de sérieux de l’énoncé économique de son ministre et nous livrer quelque chose qui faisait plus de sens.
Mais non, il a donné l’occasion aux trois partis d’opposition de s’unir contre lui dans une coalition et de tenter de le débarquer, lundi prochain.
C’est là que Harper a sorti ses mitrailleuses de combats, celui que Rick Mercer de la CBC appelle «le grand crieur à John Baird», ministre des transports et député d’Ottawa-Ouest-Nepean, qui a traité la coalition de voleurs d’élection.
Son proche ami, le petit Pierre Poilièvre, député de Nepean-Carleton, s’est joint au groupe de guerre. Poilièvre a traité Stéphane Dion de «séparatiste» et l’épithète est vite devenu l’insulte de choix pour les conservateurs.
Le bureau du premier ministre a mobilisé ses forces parlementaires pour livrer un combat plus acharné même qu’une campagne électorale durant les quatre jours qu’il leur reste avant que la gouverneure générale Michaëlle Jean tranche sur la question du changement de pouvoir.
Harper a embrigadé des secrétaires parlementaires, des amis du parti, des blogueurs et n’importe qui d’autre qu’il pouvait trouver.
Des manifestations pro-Harper ont été organisées dans plusieurs villes canadiennes en fin de semaine par les associations locales du parti.
Certains volontaires se sont précipités vers les lignes ouvertes de radio, les plus beaux vers la télévision, publique, privée et communautaire. Les blogueurs conservateurs ont envahi l’Internet.
Deux ou trois sites, y compris Rally for Canada, sont vite apparus.
Le bureau du premier ministre a fourni une liste des phrases de choix à utiliser dans les arguments publics et à se servir pour gagner un débat.
On a trouvé une bonne partie de cette argumentation dans une lettre que le député Pierre Lemieux, de Glengarry-Prescott-Russell, a adressée aux dizaines de journaux dans sa circonscription.
Mais lorsque Lemieux s’est présenté comme conférencier d’honneur en fin de semaine à Cornwall, à une collecte de fonds pour son bon ami Guy Lauzon, de Stormont-Dundas-Glengarry-Sud, samedi dernier, il a oublié d’amener son sang-froid habituel.
Lemieux a traité Stéphane Dion de «farce» et a dit que tout ce que le chef libéral propose n’est que pour avancer son propre intérêt.
Le mot «farce» n’apparaît pas dans la liste fournie par le bureau du premier ministre, ce qui veut dire que des fois, Lemieux peut penser par lui-même.
La guerre des mots et des injures ne fait que commencer.