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Le sénateur qui se bat pour le français

Richard Cléroux par Richard Cléroux
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Article mis en ligne le 16 avril 2008 à 10:00
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Le sénateur qui se bat pour le français
«Dis-moi qui t’a instruit et je te dirai qui tu es.» C’est un vieux dicton, mais c’est souvent vrai.
C’est encore plus vrai dans le cas du sénateur Hugh Segal, un conservateur, anglo, juif, avocat, qui est un des plus grands défenseurs de la langue française et du bilinguisme en Ontario.

L’autre jour, au sénat, Segal a fait une sortie en règle. Il s’en est pris au gouvernement du Nouveau-Brunswick qui veut abolir les programmes d'immersion française en bas âge dans les écoles de la province. Pour le sénateur Segal, ça ne fait pas de maudit bon sens.

Encore moins lorsqu’on sait que le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue du Canada. C’est même garanti dans la Constitution. «Et maintenant ils vont éliminer l'immersion française dans les écoles anglophones», s’indigne Segal.

Ça va contre toutes les traditions de là-bas, le bilinguisme établi par le gouvernement libéral de Louis J. Robichaud, puis enraciné et renforcé par le gouvernement conservateur de Richard Hatfield.

«Chaque fois que je vois une porte se refermer contre le français, je m’indigne, peu importe où cela se passe», dit-il.

Le programme d'immersion qu’ils veulent abolir est désigné aux élèves anglophones de la première à la cinquième année désirant apprendre le français. Il est essentiel que partout dans ce pays les enfants aient la possibilité d'apprendre le français, soutient Segal.

La réalité canadienne, exige qu’on connaisse les deux langues officielles, pour avancer, affirme Segal. Il ne s’en cache pas. Des milliers de familles canadiennes ont choisi l'immersion et en sont sorties gagnantes.

Il se souvient lorsqu’il était à Calgary, en Alberta, dans les années 1970, des parents faisaient la queue toute la nuit pour être capable d'inscrire leurs enfants à des écoles d’immersion, le lendemain matin. L’un de ces parents était Peter Lougheed, à l’époque premier ministre de l’Alberta. Compte tenu de la réalité canadienne, il est nécessaire de connaître les deux langues officielles, croit toujours Segal.

Segal, né juif et anglophone à Montréal dans le temps où les deux communautés linguistiques vivaient complètement à part, dit qu’il n’aurait jamais appris à parler français si cela n’avait été de l’Université d’Ottawa.

Lorsque Segal est venu ici, à la fin des années soixante, faire son baccalauréat et ses études en droit, l’université des bons Oblats était beaucoup plus perçue comme un bastion pour la défense de la langue française qu’un chaudron pour la fabrication d’une race nouvelle d’anglophones qui respecteraient le français, et le parleraient tant bien que mal.

Segal est convaincu. S’il était resté à Montréal, en dépit du fait que Montréal est une grande ville francophone, il aurait vécu cloisonné dans le quartier juif et anglophone.

C’est l’Université d’Ottawa qui lui a ouvert les yeux, et la bouche aussi, à la langue française.

Son ami à l’université, Allan Rock, futur ministre de la Justice de Jean Chrétien, a fait un cheminement linguistique semblable, et ce, en même temps.

Rock était rouge. Segal était bleu. Rock était président de l’association des étudiants en 1969, Segal en 1970. Ils se talonnaient, et apprenaient à parler français.

Segal est en suite allé travailler comme conseiller pour Bill Davis, premier ministre de l’Ontario, promoteur des intérêts franco-ontariens. Par après, c’est Brian Mulroney, qui en a fait son chef de cabinet et, en 2005, Paul Martin, l’a nommé au sénat.

Segal a alors choisi d’insérer «Frontenac» dans la désignation de sa circonscription sénatoriale de Kingston et Leeds, sa façon à lui de signaler l’historique français dans cette partie du pays.

Plus que ça, Segal a installé un drapeau franco-ontarien dans le corridor en dehors de son bureau au parlement, un des rares drapeaux franco-ontariens sur la Colline. «Pour me rappeler qui je suis aussi ici pour servir», dit-il.

Il y en a beaucoup qui passent devant sa porte de bureau et se demande ce que peut bien être ce drapeau blanc et vert. Segal, lui, il sait ce que c’est.

L’un de ses souvenirs les plus chers, c’est lorsque qu’il a agi comme médiateur entre la Ville de Kingston et la commission des écoles catholiques de cette ville. La Ville ne voulait pas donner un permis de construction pour une école francophone à Kingston.

Lucien Bouchard avait crié aux Communes : «C’est comme ça qu’on nous traite en Ontario.»

Chrétien avait appelé son ami Bob Rae, alors premier ministre de l’Ontario, et lui avait dit : «Bob, arrange-moi ça tout de suite!» Rae avait nommé Segal qui, après trois mois, avait convaincu la ville de céder légèrement. L’École secondaire catholique Marie-Rivier fut alors bâtie.

«Elle est magnifique, lance aujourd’hui Segal. Puis, nous avons maintenant notre Centre culturel Frontenac». Segal habite à Kingston.

Quant au Nouveau-Brunswick, «j’espère sincèrement qu’ils reviendront sur leur décision».

Tout ça venant d’un petit juif anglophone de Montréal qui a décidé, il y a bien longtemps, qu’il s’en venait étudier à l’Université d’Ottawa.

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