«Malbrough s'en va t’en guerre» en français
Le commissaire aux Langues officielles, Graham Fraser, lance une grande enquête sur l’usage du français dans les forces armées canadiennes. Ça va barder!
Le commissaire en a eu assez des lettres de plaintes des soldats à la base militaire de Borden. Les soldats se disent bafoués dans leurs droits de parler et de travailler en français en tant que soldats canadiens.
Depuis l’automne dernier, le commissaire a déjà visité trois bases militaires y compris Valcartier et Kingston lorsque le chiard a commencé.
Un sergent aurait supposément dit à un jeune soldat que s’il voulait que sa lettre soit lue et comprise par ses officiers, il devrait la reprendre et la rédiger en anglais. Entre-temps, à la poubelle!
Ses paroles exactes? «You’ll get it read when you bring it back in English.»
Whoa! Le jeune soldat a bel et bien repris sa lettre de la poubelle, mais il l’a refilé au commissaire Fraser à Ottawa. Et c’est là que le fun a commencé.
Le problème c’est le respect du français par les Forces canadiennes. En passant, disons qu’il n’y a jamais eu de problèmes avec le respect de l’anglais.
C’est plus apparent maintenant que les francophones canadiens jouent un rôle plus important dans les Forces.
Les soldats du 22e Régiment sont dernièrement revenus du front afghan couvert de gloire. Il n’y a eu que deux ou trois morts, et même pas une douzaine de blessés.
Pas trop de morts, pas trop d’estropiés. On s’en est tiré à bon compte. Les nôtres ont même gagné quelques batailles avec les Talibans.
C’était loin d’un autre Dieppe comme certains l’avaient prédit et nos soldats n’ont aucunement servi de la chaire à canon pour George Bush.
Pas de sottise non plus. Ni de scandale. On a qu’à penser aux fous de l’ancien régiment aéroporté de Petawawa et des Forces en Somalie.
La victoire du 22e fut une victoire pour le premier ministre Stephen parce que notre illustre guerrier Harper avait insisté auprès de ses ministres pour qu’ils fassent confiance au 22e même lorsque de mauvaises langues au ministère de la Défense posaient la question «Can we trust the Frenchies?».
Maintenant qu’ils ont fait (de nouveau) leurs preuves et que les «Frenchies» sont (de nouveau) acceptés à part entière dans les rangs des militaires canadiens, (comme c’était durant la Deuxième Guerre mondiale) c’est le temps pour le gouvernement d’insister pour que les droits linguistiques des francophones soient respectés autant que ceux des soldats anglophones.
Il serait même temps qu’on cesse, en anglais, d’appeler le 22e Régiment par ce vilain sobriquet Van Doos. Comme si c’était un régiment hollandais. Ça vient d’une prononciation fautive du chiffre 22. (Disons, en passant, qu’un second régiment hollandais, en compagnie des représentants du 22e, aurait fait du bien, à Kandahar, dans les derniers mois.)
L’enquête va déjà de bon train. Ce n’était pas pour rien que Mary McFadyen, l’ombudsman du ministère de la Défense nationale et des Forces canadiennes comparaissait, la semaine dernière, devant le comité parlementaire des langues officielles.
C’était précisément pour discuter du problème du français à l’intérieur des Forces canadiennes. Harper a tellement de difficulté à recruter de nouveaux soldats pour sa guerre en Afghanistan par les temps qui courent. Il ne faudrait pas se mettre les francophones à dos.
En 1970, on croyait qu’un jour tous les membres des Forces canadiennes seraient bilingues. C’était un beau rêve. Ça ne s’est jamais réalisé. Maintenant, l’objectif est différent. On veut avoir des unités francophones (pensons par exemple au 22e) et des unités anglophones (pensons au Princess Patricia Canadian Light Infantry, le fameux PPCLI).
L’état-major (ça, c’est nous autres ici à Ottawa) serait bilingue et il y aurait du personnel bilingue dans chaque unité pour communiquer avec les unités de l’autre groupe linguistique. Un objectif plus modeste, mais facilement atteignable. Il suffit d’avoir la volonté et faire un peu d’effort.
Le problème des langues dans les Forces est rarement au niveau des officiers. La formation des hauts gradés se fait dans les deux langues. Le Général Mauril Baril y a vu il y a longtemps. Les collèges pour officiers sont bilingues. Le problème est surtout dans le domaine de la formation des soldats.
Un petit gars d’Embrun qui devient soldat et veut apprendre le métier de mécanicien (fort utile aujourd’hui) doit trop souvent suivre ses cours entièrement en anglais. Ce n’est pas facile. Dans certains cas, tu ne peux même pas changer l’huile dans un camion en français. Pas étonnant qu’on entende encore dans le garage des fois : «Passe-moi un wiper pour le truck.»
Lorsqu’il s’agit de chars d’assaut, de compétences de métiers, de promotion au plus bas échelon, le problème est complexe. Essayez d’apprendre à conduire un char blindé en français. Trop souvent les manuels scolaires et les manuels de formation sont uniquement en anglais. Il y a des cas où les francophones se sont fait dire de rester dans les casernes pendant que les anglophones participent à des activités entièrement en anglais.
Mais mon Dieu, il doit y avoir quelque part, dans tout cet engrenage militaire, où on peut être sûr d’être servi en français? Oui. La Garde-côtière Atlantique. Si on coule à pique, si son appareil s’écrase en haute mer, on peut crier «Au secours!» dans la langue de notre choix et quelqu’un viendra à notre rescousse.
Mais sur la côte du Pacifique? Ah bien là , il faut apprendre à bien nager!
Marc A. Vallée
Commentaire mis en ligne le 20 mars 2008Pourquoi CBC Archives titre-il une page Web historique sur le Royal 22e Régiment, financée par Patrimoine canadien, "Royal 22nd Regiment : Canada's Fighting 'Van Doos'"? Pourtant, l'honorable Peter MacKay, ministre de la Défense nationale, m'écrivait récemment:
Monsieur,
Je vous remercie de votre courrier électronique du 3 novembre 2007 au sujet
du respect de la dénomination officielle du Royal 22e Régiment. Je regrette
de n'avoir pu vous répondre plus tôt.
Au cours des années 1970, le ministère de la Défense nationale, les Forces
canadiennes et le commissaire aux langues officielles ont convenu que le
Ministère devait reconnaître les dénominations des unités des Forces
canadiennes dans les deux langues officielles, Ã l'exception des noms
d'unités ayant une signification historique ou symbolique. Ce qui signifie
que les noms d'unités dites « traditionnelles » ne doivent pas être
traduits, par exemple, le Royal 22e Régiment.
Ainsi, la politique du Ministère est de toujours employer le français
lorsqu'on réfère au Royal 22e Régiment et de ne jamais le désigner en
anglais. Étant donné qu'il n'existe pas de traduction officielle reconnue de
Royal 22e Régiment, les expressions Royal 22nd Regiment et Vandoos ne
devraient jamais être utilisées dans la correspondance ou tout autre
document officiel ou non officiel du Ministère et des Forces canadiennes.
Par ailleurs, la Direction de l'histoire et du patrimoine du Ministère a
récemment effectué une recherche sur les origines du surnom Vandoos. Bien
que l'on sache qu'il a été utilisé par la presse anglophone au cours de la
Première Guerre mondiale, l'origine exacte de ce surnom n'est pas connue.
Toutefois, il s'agit certainement de la prononciation anglaise de « vingt
deuxième », comme l'appellent familièrement les fiers membres du Régiment.
Il est à souligner que les valeureux exploits des membres du Royal 22e
Régiment font en sorte que l'adjectif « célèbre » accompagne souvent le nom
de cette unité.
Je vous suis reconnaissant de m'avoir fait part de vos vues sur cette
situation. À la suite de la réception de votre courrier électronique, une
recherche a permis de cerner quelques cas isolés où le nom anglicisé du
Royal 22e Régiment a été utilisé dans des communications officielles. Sachez
que les autorités compétentes se feront un devoir de corriger ces erreurs
aussitôt que possible et de les prévenir dans le futur. Si jamais vous en
repérez d'autres, je vous invite à les porter à notre attention.
Enfin, permettez-moi de préciser que le Ministère veillera à ce que sa
politique linguistique sur les noms de régiments soit respectée
uniformément.
Je vous remercie de l'intérêt que vous portez aux régiments des Forces
canadiennes. Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments les
meilleurs.
Le ministre de la Défense nationale,
Peter G. MacKay